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Evolution. Oui! ! Non! Peut-etre ? 2eme partie

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Darwin est-il « L’homme qui tua Dieu ? »

Benoît Hébert

La théorie de Darwin et son rapport avec la foi chrétienne a été et est toujours l’objet d’un débat passionné.

Dans un article récent paru dans Courrier International à l’occasion du 200ème anniversaire de Darwin et du 150ème anniversaire de la parution de son exposé de la théorie de l’évolution : L’Origine des Espèces, Peter J. Bowler affirme que Darwin n’était rien de moins que « l’homme qui tua Dieu » !

Richard Dawkins, célèbre biologiste de l’Université d’Oxford, mondialement connu pour son athéisme militant a écrit dans l’Horloger Aveugle (1986) : « Je ne pourrais pas imaginer être athée avant 1859, lorsque Darwin a fait publier L’Origine des espèces... Darwin a rendu possible le fait d’être un athée intellectuellement accompli. »

Pour beaucoup d’évangéliques, ce genre de « confession d’incrédulité » est à l’origine d’une image très négative de la personnalité de Darwin et de son travail scientifique.

Pour ridiculiser la foi ?

Le raisonnement que beaucoup de croyants opposent à l’évolutionnisme athée est assez compréhensible : « puisque beaucoup de libres penseurs utilisent la théorie de Darwin pour ridiculiser la foi chrétienne, nous avons le devoir de lutter contre cette théorie. »

Mais est-ce la meilleure stratégie ? Et si en luttant contre la théorie de l’évolution, une partie du monde évangélique était en train de reproduire l’histoire malheureuse de Galilée ?

Et si les preuves accumulées depuis plus de 150 ans en faveur de l’évolution ne rendaient cette théorie de plus en plus solide ?

Le but de cet article n’est pas d’expliquer pourquoi de plus en plus de scientifiques dans la communauté évangélique sont convaincus par les preuves de l’évolution en tant que mécanisme biologique choisi par Dieu pour diversifier la vie sur terre.

Bien entendu, ces chrétiens dénoncent l’utilisation intellectuellement malhonnête de la théorie de Darwin à des fins philosophiques qui n’ont rien de scientifiques.

Pas de conflit

 

Francis Collins par exemple, directeur du projet mondial pour la lecture complète du génome humain, auteur du bestseller « The Language of God », chrétien évangélique affiché, pense que la théorie de l’évolution ne devrait en aucun cas être l’objet d’un conflit entre science et foi.

Cet article suggère un autre angle d’attaque vis-à-vis de l’évolutionnisme athée. Mon but est de montrer que l’intention de Darwin n’a jamais été de s’opposer à la foi chrétienne, il n’a jamais été athée lui-même.

Sa théorie a d’ailleurs été accueillie favorablement par des scientifiques et théologiens évangéliques éminents.

L’utilisation athée de la pensée de Darwin est illégitime, elle est même un contre sens historique. Tout au long de sa carrière, Darwin a accordé une grande considération aux implications religieuses de sa théorie.

Sa correspondance privée, ses publications professionnelles et les notes de ses carnets nous révèlent la teneur de ses réflexions concernant le problème de la souffrance, la souveraineté de Dieu et la révélation de l’intelligence d’un Créateur au travers de la nature.

Ces quelques lignes ne suffiront pas à décrire la complexité et l’évolution de la foi de Darwin. Pour plus de détails, je vous renvoie au diaporama de la conférence « Darwin et la Genèse » sur mon site http://www.scienceetfoi.com/ .

Destiné d'etre pasteur ?

Pour résumer, dans sa jeunesse et sous la pression de son père, Darwin se destinait à être pasteur anglican. Sa foi chrétienne était réelle bien que peu fervente.

Il était très influencé par la vision statique de la nature du théologien William Paley pour qui la fixité des espèces était intimement liée à leur conception par le Créateur.

Les découvertes de Darwin sur l’origine commune des espèces lui ont rendu difficile la séparation de ces deux concepts : création séparée de chaque espèce et conception intelligente par Dieu.

Petit à petit, sa foi en un Dieu personnel s’est transformée en déisme: la croyance en un Dieu impersonnel.

Sa maladie, la mort de sa fille de 10 ans dans de grandes souffrances ont contribué à la perte de sa foi en un Dieu bienveillant.

Pourtant, jusqu’à sa mort et dans son autobiographie tardive, il affirmera que sa théorie n’était en rien incompatible avec la foi chrétienne et que lui-même n’avait jamais été athée ! Voici quelques citations qui pourraient bousculer des idées reçues !

4545825610 e487786717 m« Il y a de la grandeur dans cette vision de la vie, avec cette puissance initiale soufflée par le Créateur dans quelques formes ou dans une seule...et qu’à partir d’un début si simple, des formes infiniment belles et magnifiques ont évolué et évoluent encore. » La conclusion de L’Origine des Espèces (2ème à 6ème éditions).

« Je ne vois aucune raison pour laquelle un homme, ou un autre animal, n’aurait pas pu être produit par des lois naturelles, et que toutes ces lois auraient été délibérément conçues par un Créateur omniscient, qui voyait à l’avance tous les événements futurs et leurs conséquences... Je ne peux penser que le monde, comme nous le voyons, soit le résultat du hasard... En ce qui concerne la vision théologique de la question, c’est toujours quelque chose de douloureux pour moi. Je suis perplexe. Je n’ai eu aucune intention d’écrire de manière athée. »

(Correspondance privée à Asa Gray, célèbre botaniste de l’Université d’Harvard, chrétien, le 22 mai 1860).

« Je dirais peut-être que mon jugement fluctue souvent. Dans mes fluctuations les plus extrêmes, je n’ai jamais été un athée dans le sens de nier l’existence d’un Dieu. Je crois que, alors que je vieillis, agnostique correspond le mieux à mon état d’esprit, mais pas toujours... Il paraît absurde de douter qu’un homme peut être un théiste ardent et un évolutionniste. »

Lettre à J. Fordyce, 7 mai 1879

L’accueil de la théorie de Darwin a été très favorable chez de nombreux scientifiques et théologiens chrétiens ! Citons trois des pionniers du « fondamentalisme », un mouvement protestant en réaction par rapport au libéralisme théologique: George F. Wright, James Orr et Benjamin Warfield, favorables à l’évolution en tant que théorie biologique.

S’opposant à l’évolutionnisme philosophique, ils voyaient dans l’évolution biologique l’accomplissement du projet créationnel de Dieu. Les

fondamentalistes ne sont devenus farouchement anti-évolutionnistes qu’à partir de 1920.

George Wright (coauteur du vol 7), Darwinien, avait déjà pris conscience que : « le mot évolution est tombé dans un discrédit mérité par l’injection dans sa signification d’implications philosophiques et théologiques erronées et dommageables. »

R.A. Torrey (auteur de « Ce que la Bible enseigne »), a fait référence à Darwin comme « le plus grand scientifique et penseur du 19ème siècle. ». Benjamin Warfield se qualifiait de « Darwinien de l’eau la plus pure. ». James Orr affirmait : « la Bible n’a jamais été donnée pour anticiper ou devancer les découvertes de la science moderne du 20ème siècle. »

Un mythe circule parfois dans les milieux évangéliques, celui de la conversion de Darwin à l’article de la mort, de son rejet de l’évolution et de l’adoption du « créationnisme ». Ceci est tout simplement une rumeur historiquement non fondée.

Tous les chrétiens s’accordent pour confesser leur foi au Dieu créateur de la terre et des cieux. Dieu se révèle dans sa Parole mais aussi au travers de ses œuvres dans la nature. Ces deux modes de révélation sont nécessairement en accord. A nous de découvrir cet accord, fût-ce au prix de la remise en question de nos conceptions et de nos interprétations.

Benoît Hébert, fondateur du site www.scienceetfoi.com

Image: Flickr, Creative commons: Kit 279/365: Hello Earth; JesterJ Follow
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Dernière modification lejeudi, 13 août 2015 05:03

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